Qu’est-ce qu’une cérémonie de cacao ?
Une cérémonie de cacao est un rituel collectif moderne inspiré de traditions autochtones d’Amérique Latine. C’est un espace pour se relier à notre coeur, à la Terre et au vivant. Bien plus qu’un moment de soin, elle questionne notre façon d’habiter le monde et recréent du lien : à soi, à nos corps, à nos territoires, à nos communautés. Et par ce lien, nous nous transformons.
Dans les traditions orales Maya ki’ché et chontal, ma lignée (ancêtres directs), on raconte que les êtres humain•e•s sont né•e•s d’un corps physique de maïs et d’un coeur de cacao. Le cacao devient alors une plante-mémoire, un fil qui nous relie à nos racines et à l’immense réseau du vivant – comme les racines d’une forêt, les filaments du mycélium, tous les échanges invisibles qui soutiennent la vie !
Dans un monde où tout va vite et où on est souvent déconnecté•e•s de la nature, le cacao nous invite à retrouver cette appartenance, à nous soigner, à aimer et à agir avec plus de conscience. Il nous aide à cultiver plus de douceur, de présence, d’alignement. Même quand le courage nous manque, ou que nous nous sentons perdu•e•s, le cacao reste une boussole, un soutien, une lumière, qui nous relie encore et encore à l’amour.
Face aux systèmes d’oppression, à l’isolement, à la violence … choisir la voie du coeur peut être un acte de résistance douce. Soigner nos liens – à la Terre, à soi, aux autres -, c’est l’une des pierres pour bâtir, humblement et à notre échelle, des réalités plus justes, vivantes et désirables. Pour nous ET pour les autres.

Plus concrètement ?
Aujourd’hui très populaire dans les milieux dits “spirituels,” la cérémonie de cacao moderne la plus commune est celle où l’on vient boire du cacao pour se connecter à la plante et à son cœur (entendre de façon subtile et sensorielle). On la voit souvent associée à d’autres pratiques comme le chant, la danse, même le yoga, la respiration …
Ce que j’appelle personnellement “cérémonie de cacao” est ce qui m’a été transmis par ma formatrice Esmeralda Aguilar, guérisseuse mexicaine. C’est un espace enraciné dans la cosmovision Maya, comme les prières et les offrandes, et qui est centré sur le cacao. La gratitude et la connexion à plus grand en occupe une grande partie, sans pour autant laisser de côte le soin de chacun•e. <3

Or, même si les « céremonies de cacao » sont une invention moderne occidentale, il existe bien des pratiques ancestrales avec le cacao. L’une d’entre elles est l’offrande pour revenir en relation juste :
- Avec la Terre et la nature, qui nous offre tout ce dont nous avons besoin pour vivre … mais que nous oublions aujourd’hui de remercier (coucou le capitalisme et le patriarcat)
- Avec l’autre, car chaque relation est précieuse et que, tout simplement, nous ne pouvons survivre sans l’autre. Au-delà des liens sociaux nécessaires pour notre équilibre émotionnel, comment vivre sans agriculteur•ice•s, maçon•ne•s, médecins, …?
- Avec son corps, car démanteler le rapport unilatéral (vs. réciproque) d’exploitation de la nature va de pair-en-pair avec la déconstruction de l’exploitation de nos corps (coucou again le capitalisme, patriarcat, colonialisme et tous les “ismes” !)
- Avec soi, parce que le choix de l’amour, du lien juste, et de la vie, s’entretient aussi de l’intérieur.

Alors, choisir de tisser une relation avec le cacao aujourd’hui est choisir la voie …
- du lien
- de l’engagement
- de la sincérité radicale
- du soin
- de l’amour
- de l’inconfort parfois
- de la nature
- de l’humilité
- de la justesse
- de la souveraineté
La Voie du Coeur comme un véritable chemin de vie, une posture pour mener nos vies avec amour profond pour la vie à l’intérieur et à l’extérieur de nous.
UN MOT SUR LA DIMENSION ÉTHIQUE DES CÉRÉMONIES CACAO MODERNES
Pour moi, choisir de faciliter des cérémonies de cacao, c’est aussi faire le choix de remettre en cause une culture de consommation et d’exotisme qui, en occident, nous pousse souvent à s’orienter vers des cultures venues d’ailleurs.
Se pose alors la question de l’appropriation culturelle, soit l’exploitation d’une culture autre que la nôtre pour un gain personnel (financier, d’influence, d’image extérieure, même de guérison …) sans respect et rétribution. Un exemple matériel est l’utilisation de motifs textiles de peuples autochtones péruviens dans des sacs à main de luxe pour “faire beau” et vendre sans rétribution financière pour le peuple duquel ce motif a été extrait. Un exemple plus subtil serait la facilitation de “cérémonies de cacao” sans mention des peuples dont on s’inspire, ou en achetant du cacao dont l’origine ne soutient pas les peuples desquelles est issue la tradition. Même avec la plus pure des intentions, même si “on le fait depuis le coeur,” nous pouvons (sans s’en rendre compte, et c’est un privilège) contribuer au colonialisme moderne.

Je crois sincèrement que nous pouvons nous placer en posture “d’appréciation culturelle” et que nous pouvons vivre, pratiquer, même transmettre des sagesses venues d’ailleurs avec justesse et légitimité. Dans ma lignée, on raconte que si le cacao est aujourd’hui autant présent en occident c’est parce qu’on en a besoin pour revenir en harmonie avec le vivant. Mais on doit aller plus loin : s’interroger sur sa posture, et décider, concrètement, comment être en relation juste avec la plante (enjeux environnementaux) et les peuples Mayas.


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